La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies s’inscrit dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux. Elle met en évidence la tension entre légitimité politique, logique de rotation régionale et dynamique de pouvoir au sein du Conseil de sécurité.

Ancien chef d’État, engagé sur des enjeux globaux tels que le financement du développement, le climat ou la stabilité régionale, Macky Sall dispose d’atouts comparables à ceux de plusieurs de ses prédécesseurs. Son profil correspond à une figure classique du Secrétaire général : un dirigeant expérimenté, capable de dialoguer à la fois avec les grandes puissances et les pays du Sud.

Sa candidature dépasse toutefois la dimension individuelle. Elle s’inscrit dans une revendication plus large : celle d’une meilleure représentation de l’Afrique dans les instances de gouvernance mondiale. Le continent, directement concerné par de nombreux défis du XXIᵉ siècle, reste sous-représenté dans les centres de décision internationaux.

Le processus de nomination du Secrétaire général est à la fois institutionnel et politique. Si la Charte des Nations Unies fixe les règles, la réalité montre l’influence décisive des grandes puissances, détenteuses du droit de veto. Dans ce contexte, des règles informelles, telles que la rotation régionale, façonnent les choix. L’idée que l’Amérique latine pourrait être prioritaire pour la prochaine désignation illustre ce poids, même si aucune loi ne l’impose.

À ces logiques s’ajoutent les débats actuels sur la représentativité de genre. La pression pour qu’une femme dirige l’ONU redéfinit les critères de sélection, mais pose la question de la conciliation entre équité de genre et représentation régionale. Dans un système dominé par les équilibres de pouvoir, ces critères risquent parfois de devenir des variables d’ajustement plutôt que de véritables principes.

En définitive, les chances de Macky Sall ne reposent pas seulement sur ses qualifications. Elles dépendent surtout de sa capacité à s’inscrire dans un compromis acceptable pour les grandes puissances. Les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni jouent un rôle central dans ce processus.

L’absence d’un consensus clair au sein des États africains fragilise également les candidatures du continent. Sans coordination stratégique, il est difficile de rivaliser avec des blocs diplomatiques plus structurés.

Au-delà du cas individuel, cette candidature interroge les limites du système actuel de gouvernance mondiale. Elle relance les débats sur la transparence du processus de sélection, la représentativité régionale et la réduction de l’influence du veto. La candidature de Macky Sall met en lumière la nécessité d’un multilatéralisme plus inclusif et pose la question centrale : quelle place pour l’Afrique dans l’architecture décisionnelle mondiale ?

Mama Touré

Chargée des affaires internationales

Développement – Coopérations bilatérales

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